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Veolia et les multinationales de l’eau prennent le parti socialiste en otage

Une quinzaine de « hauts cadres » des multinationales françaises de l’eau, membres du Parti socialiste, s’organisent en « collectif militant » pour défendre la délégation de service public, et les profits de leurs entreprises, au sein du premier parti de gauche français, candidat à l’alternance en 2012…

par eau ... secours 62 (3/01/2010)

Nous avons repris le titre de l’article de l’ami Marc Laimé, sur son site Eaux glacées.

Car c’est bien d’une prise d’otage qu’il s’agit : alors que le parti socialiste vient de créer un groupe de réflexion sur la gestion de l’eau, au même moment, ces hauts cadres, salariés de Véolia, Suez et Saur, sortent spontanément du bois, pour indiquer qu’ils sont victimes « d’un procès en sorcellerie » au sein même de leur parti,

Nous reproduisons ci-dessous l’article du Monde, daté du 29 décembre 2009.

Dans cet article, réellement révélateur des intentions et des stratégies des uns et des autres, il nous a également paru intéressant de relever la question de la facture d’eau, tel que l’aborde ces « hauts cadres » de Véolia, membres du parti socialiste :
- ils souhaitent en finir avec "le principe sacro-saint du moindre coût" qui s’inscrit "toujours au détriment des salaires et des droits" du personnel des entreprises prestataires.

Cette question de la facture, telle qu’elle est abordée, appelle trois remarques :

  1. c’est tout d’abord une manière de reconnaître que, lors d’une gestion publique de l’eau, le montant de la facture est moins élévé.
  2. c’est ensuite tout à fait contradictoire avec les déclarations de Véolia Transport, qui espère conquérir le marché des TGV en étant 30% moins cher que la SNCF. Voir notre article à ce sujet. Nous y voyons là une illustration de la stratégie de ces multinationales : pour conquérir un marché, on casse les prix, ensuite, une fois dans la place, les prix remontent pour être plus élevés que dans le public.
  3. c’est également touchant de voir un « haut cadre » de Véolia se soucier des salaires et des droits des salariés de son entreprise.
  4. c’est enfin assez intéressant de voir que la question des profits n’est jamais abordée.

Signalons également que la ville de Lens est citée par les membres de ce collectif "A contre-courant".

L’article original, reproduit ci-dessous, se trouve sur le site du journal Le Monde

À lire, une tribune publiée quelques semaines après cette initiative : la réponse de plusieurs responsables du Parti socialiste

Au sein du PS, un collectif "A contre-courant" sur la gestion municipale de l’eau

Membres du Parti socialiste, ils sont une quinzaine à avoir constitué un "collectif militant" intitulé "A contre-courant". Ce nom de baptême témoigne de leur volonté de réagir aux "critiques systématiques" adressées par "certains camarades" contre le principe de la délégation de service public au secteur privé. "Le PS est le parti des services publics mais cela ne signifie pas qu’il doit se penser uniquement comme le parti de la défense de la fonction publique", écrivent-ils dans un petit opuscule adressé à tous les parlementaires ainsi qu’aux maires socialistes de villes de plus de 10 000 habitants.

Cadres exerçant le plus souvent des responsabilités élevées au sein de sociétés privées (Saur, Veolia ou Suez) "concourant au service public local", les animateurs de ce collectif veulent "promouvoir un débat que les postures internes et les discours convenus ont trop souvent occulté". Inquiets de voir ressurgir, notamment dans la presse interne du PS, un discours qui entretient "le doute systématique autour de ce qui ressemble au privé", ils dénoncent "la confusion, parfois loin d’être involontaire, entre service public, fonction publique et entreprise publique".

Sans les nommer, le collectif s’en prend à ceux qui privilégient l’affichage de "marqueurs de gauche" au détriment de "la vision et du projet politique". Ses responsables rappellent que le projet socialiste pour la présidentielle de 2007 prévoyait de "donner aux élus locaux la possibilité de choisir entre la gestion publique et la gestion privée". Et glissent au passage que le retour à la régie municipale pour le service des eaux à Paris "se fera sans aucune diminution du prix au consommateur".

Lobbying ?

"A contre-courant", qui souligne que 1 700 communes de gauche (dont Lyon, Lille, Rennes, Montpellier, Dijon, Evry ou Lens) ont choisi de déléguer au privé leur service public de l’eau, appelle de ses voeux la création "d’autorités indépendantes capables de comparer les niveaux de prix et de service". Et souhaite en finir avec "le principe sacro-saint du moindre coût" qui s’inscrit "toujours au détriment des salaires et des droits" du personnel des entreprises prestataires. Le collectif souhaite aussi contribuer à une réflexion sur "le rôle de l’entreprise dans la vie démocratique" en "posant la question du partage des gains de productivité entre les clients, les salariés et les actionnaires".

"Vilipendés lors des réunions de section un jour et sollicités le lendemain pour des emplois et des formations", les animateurs du collectif "A contre-courant" se disent parfois victimes d’un "procès en sorcellerie". Leur initiative, cependant, ne risque-t-elle pas d’être assimilée à un plaidoyer pro domo, voire à une forme de lobbying ? "Nos prises de position sont tout à fait autonomes", se défend Pierre Victoria, délégué aux relations institutionnelles internationales chez Veolia-Eau. "Nous travaillons au sein d’entreprises françaises qui sont des leaders mondiaux dans la gestion des villes. Les socialistes devraient-ils en avoir honte ?", s’interroge-t-il.

Jean-Michel Normand - Article paru dans l’édition du 30.12.09

Quelques liens

Fervents lecteurs des sites Eaux glacées, et S-eau-S, nous vous renvoyons à deux articles significatifs :
- À propos du lobbying de Véolia : Veolia et l’art du lobbying
- À propos de Pierre Victoria, délégué aux relations institutionnelles internationales chez Veolia-Eau, cité dans l’article du Monde : Une figure du lobby de l’eau. Pierre V...
- Une tribune publiée quelques semaines après cette initiative : la réponse de plusieurs responsables du Parti socialiste


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